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La Taupe

Une taupe !? "C'est toujours mieux chez son voisin", me direz-vous. Et s'il lui venait à l'idée d'élire domicile dans votre jardin ? Aïe ! Je vois que c'est une perspective qui ne réjouit personne !

Mammifère classé par les zoologistes dans l'ordre des insectivores, la Taupe commune ou Taupe européenne (Talpa europaea L.) est connue par ses indices de présence que sont les taupinières, monticules de terre évacuée à la surface du sol pour creuser son réseau de galeries. Elle reste un animal mystérieux et pour cause, elle vit sous terre, à l'abri du regard et de la curiosité des hommes. Très difficile à maintenir en captivité, seule l'analyse d'animaux capturés morts a pu fournir des données relatives à sa reproduction.

L'adaptation de ses sens à la vie souterraine, qui en fait un animal très méfiant, et les caractéristiques de son habitat sont des éléments essentiels dont la méconnaissance conduit à des échecs lors de la mise en place de méthodes de contrôle des populations.

Répartition géographique
La Taupe commune est présente sur l'ensemble du territoire français à l'exception de l'île de Corse. carte taupe

En Europe elle est très largement répandue mais est toutefois absente en Irlande, la majeure partie de la Scandinavie, le sud de l'Espagne et ne se rencontre guère en Italie, Grèce et dans les îles méditerranéennes.

Dans la Péninsule Ibérique, l'Italie du Nord, l'ouest de la Yougoslavie jusqu'en Grèce elle est remplacée par la taupe aveugle (Talpa caeca).

Dans le sud de l'Italie, la Sicile et les Balkans se trouve la Taupe romaine (Talpa romana).

Ces deux espèces ont des mœurs voisines de celles de la Taupe commune.

Description
taupeLa taupe mesure 15 à 20 cm de long dont 2 à 4 cm de queue. Son poids à l'état adulte varie entre 60 et 110 grammes. L'ensemble du corps, à l'exception de la queue et des pattes est recouvert par un pelage court, noir, velouté. Il n'est cependant pas exceptionnel de trouver des taupes possédant une tache blanchâtre ou jaunâtre à la face ventrale, par contre la capture d'animaux totalement blancs est plus rare.

Sa morphologie générale traduit une parfaite adaptation à la vie souterraine.

La tête conique est reliée au reste du corps par un cou court et musclé, peu marqué. Elle se prolonge vers l'avant par un museau en forme de groin ou boutoir qui présente à sa surface de nombreux poils tactiles ou vibrisses. Les yeux sont minuscules, les oreilles dépourvues de pavillon externe.

Les membres antérieurs, situés très en avant, ont une position transversale. Seules les mains « sortent » du corps, le reste est dissimulé sous la peau. Pratiquement nues, elles portent cependant des poils tactiles, la paume est retournée vers l'extérieur. Elles sont munies de cinq doigts terminés par des ongles puissants et d'un os supplémentaire, l'os falciforme. L'ensemble forme de véritables pelles adaptées au creusement et au déblaiement de la terre.

Les membres postérieurs, placés normalement sous le ventre, sont plus modestes avec des doigts plus petits.

La queue, contrairement au reste du corps, a un aspect « écailleux » avec de nombreux poils sensibles. Elle semble jouer un rôle important lors des déplacements où, dressée, elle est en contact avec la partie supérieure de la galerie.

Importance des sens
Elle à une vue très faible, contrairement à certaines croyances elle n'est donc pas aveugle, la taupe est capable de réagir à certains stimuli optiques, l'odorat semble bien développé, l'ouïe est normale malgré l'absence de pavillon externe, la galerie pouvant avoir un effet de stéthoscope en amplifiant les bruits.

Le sens le plus développé est le toucher grâce :

  • aux nombreuses vibrisses entourant le museau, présentes sur les pattes et la queue,
  • à l'organe d'Eimer situé au bout du museau, très sensible. Grâce à cet organe, la taupe peut percevoir la pression, la température et l'humidité.

Il n'est pas exclu qu'elle puisse détecter les vibrations produites par les proies éventuelles occupées à fouir le sol.

La taupe se guide dans sa galerie grâce à son sens tactile qui la renseigne sur toute modification du tracé. Elle possède une mémoire importante de son territoire lui permettant de détecter toute modification, garder la bonne direction lors de la reconstruction d'une portion de galerie détruite ou pour contourner un obstacle.

Habitat
Animal peu sociable, la taupe vit la plupart du temps en solitaire dans un réseau de galeries souterraines qu'elle creuse à l'aide de ses pattes antérieures. Le terrier, constitué d'un nid et de galeries souvent classées en galeries principales, secondaires et de chasse.

Une autre classification est parfois donnée selon leur profondeur.

Les galeries profondes sont situées à plus de 5 cm et nécessitent l'évacuation de la terre sous forme de taupinières, seuls signes extérieurs de leur présence.

Les galeries superficielles, immédiatement sous la surface, sont identifiées par le soulèvement de la terre qui est poussée vers le haut pour créer un toit sur leur longueur. Elles sont moins permanentes que les plus profondes.

Cette classification est plus pertinente car la taupe se nourrit sur l'ensemble de son réseau. C'est celle que l'on doit faire pour réaliser le piégeage ou l'empoisonnement.

Au moment de la reproduction, de longues galeries de surface sont parfois faites par les mâles et sont probablement construites pour la recherche des femelles.taupinieres

Les taupinières sont en général espacées. Elles ont une forme de « dôme » car la terre est évacuée par une cheminée verticale. Quand elles sont encore fraîches, on peut distinguer sur le sommet des mottes de terre en forme de « boudin » de 4 à 5 cm de diamètre, pouvant atteindre 10 cm de long, qui se dégradent rapidement sous l'action de la pluie. Le volume des taupinières est variable selon leur situation dans le réseau, elles seront plus volumineuses et plus espacées si les galeries sont profondes. Leur nombre est également fonction de l'état du sol ; en sol meuble il y aura peu de taupinières, la taupe tassant la terre sur les côtés n'évacuera que les excédents.

De grosses taupinières indiquent souvent l'emplacement du nid, cavité correspondant à un élargissement de la galerie, tapissée de feuilles ou d'herbes sèches. La taupe peut y accéder en général par plusieurs galeries. La « forteresse » ne semble pas être présente dans tous les réseaux. Est-ce une construction particulière ou une amélioration du nid ?

Les « boulevards périphériques » sont utilisés par plusieurs animaux. On dispose de peu d'information sur ces galeries qui longent les chemins, routes, ruisseaux et rivières, traversent les bois... L'observation de la taupe à la surface du sol est relativement rare. Elle peut sortir de son réseau pour venir chercher les feuilles mortes ou les herbes sèches dont elle tapisse son nid, pour aller conquérir un nouveau territoire ou pour rechercher sa nourriture notamment quand le sol devient trop sec, difficile à creuser et que ses proies habituelles deviennent rares.

Nourriture
Elle ne consomme pas de végétaux et s'il lui arrive de sectionner au cours de son périple quelques racines c'est uniquement pour se frayer un passage. La taupe se nourrit d'insectes et de racines (carottes, panais, betteraves...) encore elle n'en attaque que la partie charnue et ne touche ni à la partie ligneuse, ni à l'écorce... Cette accusation est plutôt à mettre sur le compte de petits rongeurs qui utilisent le réseau pour approcher discrètement leur nourriture.

Cet insectivore a une préférence marquée pour les vers de terre qui constituent entre 80 et 90 % de sa nourriture de base. Insectes et leurs larves : vers blancs, chenilles, limaces ou autres invertébrés s'aventurant dans les galeries viennent compléter le menu. Quelques petits mammifères peuvent exceptionnellement être les proies de la taupe. Les vers de terre ont leur activité réglée par l'humidité du sol qui agit notamment sur leurs migrations verticales. Lorsque la sécheresse devient trop importante, ils entrent en diapause et se roulent en pelote. Ces mouvements peuvent expliquer les variations de profondeur des galeries selon les saisons.

Il faut savoir que son appétit est sans limite, en captivité elle peut consommer au cours de ses trois à quatre repas quotidiens l'équivalent de son poids en nourriture fraîche.

Ce besoin important de nourriture rythme son activité journalière. En moyenne, on observe trois phases : le matin à l'aube, au milieu de la journée et le soir au coucher du soleil. La durée de chaque phase semble être déterminée par la saison mais surtout par l'abondance et l'activité des proies.

C'est également cette disponibilité de la nourriture qui explique les migrations saisonnières des taupes observées dans certains secteurs où, le sol devenant trop sec en été, elles «partent » dans les taillis ou les bois, les zones plus fraîches pour revenir dans les prairies à l'automne.

Reproduction
II est très difficile de distinguer une taupe mâle d'une taupe femelle à son aspect. La partie externe des organes génitaux est peu différente en dehors de la période de reproduction. Les quatre paires de mamelles, situées au bord externe de la face ventrale, sont décelables dans la fourrure pendant l'allaitement.

La période de reproduction annuelle se situe en cours d'hiver, début printemps. Les chaleurs de la taupe sont courtes. La gestation dure 4 semaines et l'allaitement de 4 à 5 semaines. Les jeunes sont émancipés dès 1,5 à 2 mois et vont s'installer dans leur propre terrier.

La durée de vie d'une taupe est d'environ 3 ans (usure des dents).

Dégâts
Conséquences sur les prairies et fourrages : De manière directe... perte en herbe.

Mais la présence de taupinière peut également avoir de graves conséquences indirectes. Lorsque vous fauchez une prairie avec des taupinières, vous ramassez avec le fourrage de la terre. Or celle-ci véhicule de nombreux germes dit "telluriques" ou "ubiquistes" qui vont ainsi contaminer l'alimentation de vos animaux : listéria, spores butyriques, ...

Ceci peut entraîner une baisse du prix du lait ou des problèmes pour son utilisation fromagère, voire l'apparition de pathologies sur votre troupeau...

Moyen de Lutte
La taupe est depuis longtemps pourchassée par l'homme. Ce n'est pas à cause de la consommation de vers ou larves d'insectes, ce qui pourrait plutôt la faire classer parmi les espèces utiles mais en raison du bouleversement du sol et de la sortie de terre occasionnée par l'édification de son réseau de chasse.

Les taupinières ont un effet inesthétique sur les pelouses mais surtout rendent leur entretien plus délicat. Dans les jardins et en culture, la taupe peut anéantir les jeunes semis. En prairies de fauche, l'exploitation de l'herbe devient plus difficile, la terre associée avec de petits cailloux provoque une usure rapide du matériel. La conservation du fourrage souillé, notamment l'ensilage, peut en être gravement altéré. La présence de terre dans l'herbe mise en silo provoque des fermentations butyriques et une dégradation des protéines. La valeur alimentaire et l'appétence sont diminuées.

Les taupes peuvent favoriser l'implantation des petits rongeurs des champs, campagnol terrestre et campagnol des champs qui utilisent les réseaux de galeries pour accéder aux racines notamment dans les plantations fruitières.

Les divers moyens de lutte contre les taupes dont les plus efficaces sont :

  • Le piégeage : Réalisé grâce à des pièges pinces. Nécessite une bonne connaissance du terrain pour placer les pièges aux meilleurs endroits.
  • L'empoisonnement : Une seule matière active est aujourd'hui homologuée pour la confection d'appâts : l'alphachloralose. Son utilisation nécessite au préalable de tuer des vers de terre avant l'addition du produit. Ils doivent cependant être placés rapidement dans les galeries la dégradation des vers étant rapide. La préparation des appâts ne peut être effectuée que par un professionnel et de façon magistrale. Leur pose se fait par un agent agrée.
  • Le gazage : L'emploi du PH 3 (phosphure métallique qui en présence de l'humidité du sol provoque un dégagement de phosphure d'hydrogène) est réglementé par l'arrêté ministériel du 10 octobre 1988. Seuls les applicateurs agrées peuvent utiliser ces spécialités sous le contrôle du Service de la Protection des Végétaux.

Le taux d'efficacité du gazage au PH3 avoisine les 80 %.

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